En douce

En douce... Je (re)parle de livres.

09 novembre 2007

Je vous retrouve sur Cunéipage...

... En fait, je vais regagner mon ancien blog, au rythme de celui-ci, en espérant avoir perdu dans la nature le cintré qui me harcelait en Juin dernier. Là-bas c'est rangé, c'est habillé, j'y ai mes habitudes, n'hésitez pas à y passer de temps à autre !
(Ceci dit, l'administration de CanalBlog est bien plus simple que celle d'OverBlog, pour ceux qui hésiteraient...)

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05 novembre 2007

MINIERE Isabelle, Un couple ordinaire

Meu nan ça n'existe pas, des gens aussi typés dans leur caractère !

Lui : un gros mou tout creux, bien gentil, genre nounours qui adoooore sa petite fille mais est totalement incapable de dire "non" à qui que ce soit.

Elle : ses dents rayent le parquet, elle est belle-intelligente-agressive se revendique "femme d'aujourd'hui" et tout le toutim, a complètement oublié un truc au passage : l'amour.

Et pourtant, on lit ce court roman d'une traite, on s'identifie plutôt au monsieur du couple, qui voudrait se reconnaître en harpie calculatrice qui pique une crise avec gros sanglots hystériques parce que son Jules refuse d'aller chercher pour la troisième fois de la semaine une pizza pour le repas du soir ?

Non, ce n'est pas tellement bien vu tout ça, le test final n'est même pas amusant, franchement, mais Isabelle Minière sait distiller des petites vérités sous ses gros sabots, et au final on se fait atteindre, but !
Allez, il faut que je lise autre chose de cette auteure, je suis intriguée...

Ed. Le Dilettante, 2005 & Le Livre de Poche, Mars 2007 5,50 €

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30 octobre 2007

REMOND Alain, Comme une chanson dans la nuit

(suivi de "Je marche au bras du temps")

Récemment j'ai lu "Les romans n'intéressent pas les voleurs", d'Alain Rémond, et j'avais bien aimé. C'est un roman dont les thèmes comptent parmi mes préférés, qui est plein d'entrain, qui "coule" bien. Mais maintenant que j'ai lu la plume de l'auteur dans le genre du récit, je l'affirme haut et fort : il n'y a pas photo.

Il y a dans ses phrases, lorsqu'il parle de lui, une émotion retenue, un regard pudique et légèrement distancié et une qualité qui sonnent mille fois plus juste que dans son roman. Et Dieu sait qu'il n'aimerait pas lire ça !

Dans la seconde partie, il nous entretient justement longuement de son rapport à l'écriture : chroniques, récits autobiographiques, roman. J'ai relevé de nombreux passages, beaucoup de choses ont résonné avec mes propres avis, c'est souvent extrêmement bien vu, bien rendu, mais on n'échappe pas à une certaine emphase assez régulière ("Pardon pour cette emphase, pardon." p. 188) (ou "Et j'écris pour lui, ce lecteur singulier qui est assis là, en face de moi, patient, attentif. Et que je remercie de m'écouter. Je lui parle à l'oreille, à voix basse. Parfois, je le vois bien, je l'embête avec mes histoires, toujours les mêmes. Alors je me tais. J'attends. J'efface tout ce que j'ai dit. Et je reprends, au plus près de moi, au plus près de lui. Il est d'une infinie patience. D'une intime exigence. J'écris pour qu'il m'écoute." p. 214)

C'est vrai, on se lasse un peu parfois, de ce martèlement répétitif, même si on en comprend toujours les raisons, si ce n'est jamais gratuit. Et puis certains paragraphes nous emportent, le temps qui passe, le solex (brillant, le solex !). Et puis ce ton, cette proximité, qui sont tout simplement touchants.
On est touché.
Emu.
On répond présent, c'est tout.


Ed. du Seuil, avril 2003 & Janvier 2006
Ed. Points, juin 2007 6 €

Posté par cune à 22:34 - Genre : Récits - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 octobre 2007

STURGEON Théodore, Les plus qu'humains

Un idiot qui vit dans les bois, avant d'être recueilli par un couple de fermier qui vont peu à peu lui enseigner quelques rudiments de socialisation (sans jamais toucher à sa nature profonde), une petite fille qui commande les objets à distance, deux jumelles toutes jeunes qui s'évaporent dans l'air avant même qu'on ait fini de l'énoncer et un bébé trisomique : voici les premiers personnages que l'on suit tour à tour en entamant ce roman. Très vite, d'autres les croisent ou les rejoignent, jusqu'à nous donner l'explication : ce noyau-là forme un Gestalt, un Plus qu'Humain, ils en sont les membres du corps, inutiles individuellement, prenant sens assemblés.

Ils sont l'évolution de l'homme, les pionniers, les premiers, et ils doivent inventer de toute pièce leur façon de vivre, leur morale, leur éthique. Sans oublier, jamais, de composer avec ceux qui les entourent...

Un roman dans lequel on plonge dès les premières phrases. Il s'en dégage un parfum à la fois délicieusement suranné, et très touchant. Ces personnages décalés, qui pourraient si aisément être moqués ou mis au rebus deviennent des héros sur lesquels on se penche avec grand intérêt.

Est sortie en 2005 aux éditions Omnibus une petite brique comme je les aime, qui reprend le chef-d'oeuvre de Théodore Sturgeon, "Cristal qui songe", ainsi que nombre de ses nouvelles : Miam !!


Ed. Libraire Hachette, 1956 & J'ai lu SF 2001 4,80 €
Trad. Michel Chrestien 307 p.

Posté par cune à 18:47 - Genre : Science-Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 octobre 2007

DEVEAUX Marie et Hubert, Comment traire une poule ? Manuel à l'usage des nouveaux campagnards

"Marie et Hubert Deveaux, anciens éditeurs parisiens, anciens invités, anciens résidents secondaires, sont depuis 1993 des néoruraux accomplis installés dans l'Allier où ils tiennent chambres et tables d'hôtes."

Vous êtes citadin, rural, pro-campagne, souvent ou jamais invités chez les amis, vous avez une résidence secondaire, vous voulez faire vos propres confitures ou votre vinaigre, vous vous demandez comment cuisiner les courgettes ou les haricots-verts, etc. : ce manuel répertorie toutes ces situations, et d'autres encore, toutes relatives aux questions existentielles que l'on se pose toutes et tous, dès lors qu'on envisage juste de déménager, de passer de l'appartement à la maison avec son cortège de nouvelles obligations.
On lit ça avec un vrai amusement, c'est léger mais loin d'être creux, toutes les affirmations sont frappées au coin du bon sens et très souvent exprimées avec beaucoup d'humour.
A offrir sans compter !

Ed. Chiflet & cie, Oct 2006, 10 €

Posté par cune à 09:16 - Genre : Humour - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 octobre 2007

PENNAC Daniel, Chagrin d'école

Il était un cancre, un vrai, celui qui ne comprend vraiment pas et qui subit des heures de sidération devant sa copie blanche. Il est pourtant devenu professeur, et écrivain. Sur le ton de la conversation, il raconte tout ça, en tire quelques enseignements et surtout, surtout, dédramatise.

Il est vraiment sympa l'univers de Pennac pour ça : que ça fait du bien de ne pas toujours tout prendre au dramatique, ce qui n'a jamais empêché le sérieux. "Il faut savoir jouer avec le savoir. Le jeu est la respiration de l'effort, l'autre battement du coeur, il ne nuit pas au sérieux de l'apprentissage, il en est le contrepoint".
C'est exactement ça, ce sont trois cent quatre pages qui disent du calme, la panique suffoque et n'apporte rien, ça va aller.

" -Sami, quel est le premier verbe conjugué de la phrase ?
- Vraiment, m'sieur, c'est vraiment.
- Qu'est-ce qui te fait dire que vraiment est un verbe ?
- Ca se termine en ent !
- Et à l'infinitif, ça donne quoi ?
- ... ?
- Allez, vas-y ! Qu'est-ce que ça donne ? Un verbe du premier groupe ? Le verbe vraimer ? Je vraime; tu vraimes, il vraime ?
- ...
La réponse absurde se distingue de la fausse en ce qu'elle ne procède d'aucune tentative de raisonnement. Souvent automatique, elle se limite à un acte réflexe. L'élève ne fait pas une erreur, il répond n'importe quoi à partir d'un indice quelconque (ici, la terminaison ent). Ce n'est pas à la question posée qu'il répond, mais au fait qu'on la lui pose. On attende de lui une réponse ? Il la donne. Juste, fausse, absurde, peu importe.
"

Mais oui, il a tout compris, Pennac, il sait de quoi il parle, et il n'oublie jamais de laisser de temps en temps la parole à son pire détracteur, lui-même, qui lui dit d'arrêter cinq minutes de se la jouer homme parfait, ou vieux con, c'est selon.
Alors non seulement on dévore son Chagrin d'école, mais on aurait vraiment très envie d'en parler de vive voix avec lui, de continuer cette discussion qui contient tous les fondamentaux de notre société....

Ed. Gallimard, Oct. 2007, 19 €

L'auteur lit un extrait de son roman pour Telerama

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12 octobre 2007

Revues et magazines 2/ CHRONIC'ART

1_1_39couvIls ont la dent dure, chez Chronic'art : "Magazine _Culturel_Connecté". Je tombe parfois sur leurs critiques en recherchant sur le net des avis sur différents livres, et je m'attendais à passer très au large de la revue papier, notamment ce côté branché-hype qui ne me correspond en rien.
Mais en fait, c'est un très bon magazine, qu'on ne se contente pas de parcourir, qui propose de longs moments de lecture.

J'hallucine page 06 avec la cigarette électronique. Pour la modique somme de 153 €, tu conserves le geste, ton geste, le prolongement de ta main, tes petits yeux qui se plissent, atcheu atcheu, la fumée qui fait tousser, tout, sauf que c'est de la vapeur d'eau, diode lumineuse pour simuler la combustion, et que tu t'inhales une dose de nicotine... Traitement substitutif de Geek à mort, oui, j'avoue, bluffée !
Mais comme il est clairement précisé en début d'article, le Champix c'est pas mal aussi, et moi j'ai l'arme secrète hypra efficace même pas la peine de douter un centième de seconde : l'abcès dentaire. Fumer ? Aucune envie, redoutable.

J'aime beaucoup la mise en page, le format, le papier, les couleurs, les différentes chroniques (BD, Livres, JeuxVidéo, Musique, Cinéma) et elles sont toutes consultables sur le site de Chronic'art, mais j'ai craqué complètement pour le dossier livres de Ludovic Barbiéri : Une rentrée littéraire 2007; c'est bien simple, tout y est, du 19 Août au 17 Septembre. Vraiment très drôle (Esprit libres : "comment dirais-je", un reportage convenu sur un sujet rebattu, "mais d'où ça vient, xx, cette envie d'écrire sur ce sujet ?" etc.) juste persifleur comme il faut ("Dernière morsure" une crétinerie sociologisante humoristique sur l'adolescence), et réellement informatif, petit reportage futile et subjectif dont je ne me lasserai jamais.

En résumé, je ne m'abonne pas, mais j'achèterai au numéro en fonction des sujets.
Mensuel, 3,50 €

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DUPUY & BERBERIAN : Henriette

henrietteLe journal d'Henriette. Tome 1

C'est sûr que j'ai un peu l'air de débarquer de la lune en découvrant Henriette seulement maintenant, ses premières aventures datant de 1986 dans Fluide glacial. Mais le fait est que ça n'a pas pris une ride, et que j'ai ri franchement !
Dans ce premier tome, Henriette tient donc son journal intime. Elle est moche et grosse, et affublée de parents immondes et crétins. C'est une petite fille, même pas encore une adolescente, qui m'a fait penser à Marylou Berry dans le film tiré d'un roman de Susie Morgenstern, par exemple. Elle adore Jacques Brel, se passe en boucle "beau et con à la fois", n'obtient qu'un 6 sur 20 à une dissert sur le journal intime, alors qu'elle est sortie bouleversée d'une représentation théâtrale du journal  d'Anne Franck... Ou encore fait un rêve idiot dans lequel le prince charmant auquel elle prête secours hurle en découvrant son visage, "et encore", dit-elle, "il ne m'a pas demandé comment je m'appelais"...

Le journal d'Henriette. Tome 2

Dommage que le tome deux se termine par de l'ultra-conventionnel, la soirée de Noël ne présente ici pas grand intérêt ! henriette_2
Mais avant ça on aura pu suivre les rêves éveillés de notre amie Henriette l'écrivaine, au régime, conseillère en rupture, baby-sitter, buveuse de vin, à la plage et dans l'autobus : toujours autant de plaisir à parcourir les aventures de la petite lycéenne !


Henriette. Trop potes

Compilation des planches qu'on pouvait retrouver chaque mois dans "Je bouquine" en 2001 (est-ce toujours le cas ? Aucune idée !), notre copine Henriette se laisse beaucoup moins faire ici.
Autour d'elle, les jeunes ne jurent que par le feuilleton "trop potes", mais elle ne l'a jamais vu. Il faut dire que le soir où elle allait enfin découvrir ce sommet de la branchitude, son père a rapporté leur tout premier ordinateur...
De quoi se prendre de passion pour Clara Soft, ou tout savoir de la culture du riz au Chiroubistan...
Allez, c'est dit, Henriette c'est vraiment chouette, il faut tout lire, tous les tomes ! henriette_3


Ed. Les Humanoïdes Associés, 2000 & 2001
10 € chaque BD


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Editeur, dur labeur...

"Professeur Nietzsche, ce que vous dites au sujet de ces deux textes m'intéresse au plus haut point. Comment puis-je me les procurer ? Une librairie de Vienne, peut-être ? "
Nietzsche eut du mal à cacher sa joie. "Mon éditeur, Schmeitzner, sis à Chemnitz, s'est trompé de métier. Il aurait dû être diplomate, ou espion. C'est un génie de l'intrigue, et mes livres constituent son plus grand secret. En huit ans, il n'a pas dépensé un seul pfennig en publicité... Il n'a pas non plus envoyé le moindre exemplaire à la presse, ni disposé un seul livre sur les rayonnages d'une librairie."

Irvin Yalom, "Et Nietzsche a pleuré"
Galaade éditions, Août 2007 24 €
Trad. Clément Baude

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11 octobre 2007

MAILER Norman, Un château en forêt

« Inter faeces et urinam nascimur », disait Odon de Cluny (nous naissons entre la merde et l’urine), Norman Mailer a décidé de rester résolument dans cette tonalité tout au long des quatre cent quarante huit pages de ce copieux roman.

Le narrateur est une entité du mal. Incarné quelques temps dans un officier SS, il reste cependant peu défini, peu au courant du fonctionnement de son « patron », le Maestro (le diable), ou du camp d’en face, le Dummkopf (Dieu). (Dummkopf, ou DK familièrement, = idiot en allemand).
Sa mission est de suivre le petit Adi, et pour bien nous en exposer tous les tenants et aboutissants, c’est jusqu’au grand-père d’Adolf Hitler que nous remontons. D’épisode licencieux en cours sur les abeilles (avec deux scènes « marquantes », l’extermination d’une ruche touchée par la maladie par gazage, puis la crémation…), nous suivons donc toute la famille Hitler jusqu’à la fin des études (courtes) d’Adolf….

La thèse du narrateur, c’est qu’un enfant résultat d’un inceste au premier degré (puisque ici la mère d’Adolf est aussi la fille de son mari, leur père à tous deux, et de surcroît la mère de cette mère est aussi la demi-sœur du père… pas clair ? Dans le roman, c’est longuement explicité…) et nanti d’un seul testicule de surcroît, est prometteur pour le côté du mal. Cela produit des lots entiers de dégénérés, et parfois, très rarement, un sort du lot et a des dispositions inouïes pour servir le mal, pour peu qu’on le maintienne dans cette voie… Il s’avère que l’enfance d’Adolf tiendra toutes ses promesses, en ce sens.

Narré d’une plume graveleuse et souvent même scabreuse, cette enfance d’Hitler s’excuse régulièrement de choquer le lecteur, y compris même en l’amusant : plusieurs digressions sur ce fait. D’autres encore, avec malice, pour nous parler d’une mission intermédiaire en Russie, avec ce formidable avertissement, page 214 : « Si certains lecteurs persistent à dire : « J’aimerais mieux continuer à suivre le récit des évènements survenus à Hafeld », je leur répondrai ceci : « C’est votre droit. Reportez-vous directement à la page 255. C’est là que reprend l’histoire d’Adolf Hitler. »

On pourra dire tout ce qu’on voudra de la plume de Norman Mailer, elle s’y entend toujours comme personne pour prendre le lecteur dans ses filets et ne pas le lâcher durant tout le temps qu’elle aura décidé de jouer avec lui. « Pour tout le reste, un personnage est le fait d’une succession de choix », nous dit-il en fin de livre. Mon choix est de le suivre, toujours, et où qu’il aille. Je gage que sur ce roman précis, ce ne sera pas le cas de tout le monde…

Ed. Plon, Coll. Feux Croisés, 10.2007 22 €
Trad. Gérard Meudal

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09 octobre 2007

Moi, je n'aime pas....

Les librairies qui n'ont que les nouveautés et point barre. En plus, me déplacer à Caen quand il pleut all day long et que j'ai toujours (mais moins) mal aux dents, ça me renfrogne.

"Au brouillon de culture" : - "Bonjour, auriez-vous des romans de Rose Tremain en dehors de son dernier ?"
                                     - "Non, mais je peux commander"
Ben moi aussi, je peux commander. Même pas besoin de faire 23 km pour ça...

"Libraire du Marque-page" : même combat

Par contre, "L'antre du bizarre", tous les mangas que tu veux, tous les tomes que tu veux, même ceux que tu voulais pas, des murs entiers de mangas dans tous les sens, du plus ancien au tout récent : miam.

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05 octobre 2007

LAKHOUS Amara, Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio

Un immeuble, sur la Piazza Vittorio à Rome. Des habitants qui se détestent tous entre eux, sauf un, Amedeo, qui semble avoir les faveurs de tous. Il disparait alors qu’un homme, surnommé « Il Gladiatore », est assassiné dans l’ascenseur, objet de toutes les discordes de longue date.
Un par un, chaque habitant nous livre sa « vérité », sur Amadeo à première vue mais surtout sur lui-même, et sur la difficulté de la diversité culturelle. Onze « vérités », toutes empreintes de xénophobie et d’une bonne dose de connerie, plus quelques hurlements épars d’Amedeo lui-même, jusqu’au fin mot de l’histoire.

Le tout est vif, enlevé, et plein d’une ironie tour à tour mordante et bon enfant. L’énigme policière n’est vraiment qu’un prétexte, c’est plus une analyse sociale en règle qui se déroule sous l’humour, et ça se dévore, ça se savoure !

Je décerne sans aucune hésitation la palme à Elisabetta Fabiani, à ce niveau on hésite entre rire ou pleurer, écoutez son morceau de bravoure :

« La vérité c’est que nous n’avons pas besoin des immigrés. J’ai entendu un politique dire à la télé que l’économie italienne risque de s’effondrer sans eux. Ca, c’est un mensonge propagé par les communistes et les prêtres de la Caritas. On peut très bien se passer des immigrés. Il suffit d’entraîner nos chiens comme il faut, et arrêtons d’employer cet horrible mot « dresser ». Aujourd’hui par exemple, il y a des chiens entraînés à haut niveau pour accompagner les aveugles dehors, faire les courses et effectuer différentes missions, de même que des chiens aident à retrouver les disparus et à les sauver des décombres des tremblements de terre. Sans oublier les chiens qui travaillent dans les aéroports, les gares, les ports et se chargent de faire arrêter les trafiquants de drogue. Nous n’avons pas besoin des immigrés. C’est insensé qu’on leur enseigne l’italien, qu’on leur donne un logement, un travail, et qu’ils nous remercient en vendant de la drogue dans les jardins publics et en violant nos filles. Trop, c’est trop !

Ed. Actes Sud, 10.2007, 18 €
Trad. Elise Gruau 144 p.

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04 octobre 2007

PETITJEAN-CERF Cypora, Le corps de Liane

Imaginez que vous ayez une bonne vieille rage de dents des familles, pile le jour où il ne faudrait pas, sinon ce ne serait pas drôle. Vous tourneriez en rond, en vous lamentant, les calmants n'auraient un effet que par trop fugace, et lire, ah vraiment, lire, ce serait la dernière chose dont vous auriez envie.

Mais parce qu'on vous a assuré que ce Corps de Liane était un véritable petit bonbon, vous l'ouvririez malgré tout, circonspecte.

Au départ, vous n'accrocheriez pas des masses : un peu trop sombre, voire glauque, plus de trois cent pages du même tonneau, une autre fois peut-être, mais là... Et puis peu à peu les personnages vous prennent; par le coude, d'abord, tiens, mais c'est qu'on se sent bien, au milieu de toutes ces femmes : " Aujourd'hui, mercredi 10 juillet 1985, Lamia goûtait chez les femmes libres, seules et bizarres. Quelle chance !" Puis très vite par le cou, et à la fin c'est de gros bécots sur chaque joue et des gloussements ravis et joyeux que vous échangez avec elles, avec eux, tous, même Cliff Barnes !

Sorte de journal, chronique d'une famille, sur plusieurs années : au départ Liane, en CM1, enfant perturbée pour le moins, qui se réfugie dans les listes (ceux qui suent et ceux qui ne suent pas, par exemple...), sa mère, sa grand-mère, et puis petit à petit une amie, sa famille, son copain, la femme de ménage, sa fille aux expressions étonnantes, les voisins, etc. Une tribu qui n'est pas sans avoir son petit côté Malaussène, mais en gardant toujours en filigrane une certaine gravité, tout en évitant l'écueil du triste.
C'est fantasque, étonnant, émouvant, drôle, c'est la fameuse quête identitaire qui est notre lot à tous, toujours.
C'est le roman idéal pour jour douloureux, prescription du docteur Clarabel.
A lire, à lire !!


Ed. Stock, 01.2007, 19 €

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02 octobre 2007

URASAWA Naoki, Monster (18 tomes)

Volume 1 : Herr Doktor Tenma

Le docteur Kenzo Tenma est, en 1986, un jeune neurochirurgien à qui tout réussit : en poste dans un hôpital de Düsseldorf (Allemagne de l’Ouest), il est sur le point d’épouser la superbe fille du grand patron, et rédige une thèse qui sera présentée par le même grand boss. Lui dont le père s’occupe d’un tout petit dispensaire au Japon se sent le roi du monde, comme il a bien fait de venir en Allemagne…
Insidieusement, certains petits détails commencent à le gêner : sa fiancée affirme que chaque vie n’a pas le même prix, sa brillante participation à une opération sur un personnage en vue est tue pour donner le beau rôle à son futur beau-père, et on lui demande de changer de sujet de thèse. Une vieille dame, surtout, vient crier sa révolte, son mari est mort parce qu’on a donné la priorité à un autre patient, plus riche. Tout ceci fait son chemin, et lorsqu’on somme Kenzo de se charger du maire de la ville alors qu’il est sur le point d’opérer un jeune garçon, une opération extrêmement délicate, il choisit le patient qui a le plus besoin de lui : le petit Johann.
Grave erreur, selon sa hiérarchie, car le maire décède : terminé les bonnes grâces. Ulcéré, blessé et écœuré, il noie son chagrin dans l’alcool, et hurle que tous ces hypocrites méritent de mourir ; c’est ce qui arrive bel et bien, le lendemain matin trois morts sont à déplorer, empoisonnés par des bonbons.
Neuf ans plus tard, autre ville d’Allemagne, la police est sur la piste d’un tueur en série.
Il semblerait que sauver la vie du petit Johann n’était vraiment pas une si bonne idée que ça…

(Et le lecteur se précipite sur le tome 2, fermement harponné…)


Volume 2 : Surprise party

On découvre une jeune fille, Nina Fortner, qui mène une vie trépidante à Heidelberg. Brillante étudiante en droit, c’est aussi une pratiquante douée d’Aïkido et une livreuse de pizza infatigable ; c’est du moins une façon d’occuper au maximum ses journées pour espérer des nuits paisibles, selon les conseils de son psychiatre. Car elle fait régulièrement le même cauchemar, où elle est terrorisée par ce qu’elle a du mal à définir, comme une sorte d’être profondément malfaisant…
Le jour de son vingtième anniversaire, le docteur Tenma parviendra enfin à retrouver Anna, la jumelle du petit Johann, et il comprendra alors l’ampleur de son erreur...
Un manga qui est devenu un véritable incontournable, avec une intrigue policière doublée d’une saveur fantastique qui nous fait tourner les pages à toute vitesse. Ca m’amuse toujours de lire tous les bruits « crunch crunch » quand ils mangent, « tap tap tap » quand ils courent, etc. et c’est original de situer l’action en Allemagne, avec un héros japonais ! Deux volumes c’est encore un peu juste pour saisir l’intention de l’auteur, suite au prochain épisode…

Naoki Urasawa est également l’auteur de la série 20th Century Boys.

Ed. Kana, collection big kana, 2001, 7,35 € chaque volume (18 au total)
Trad. & Adaptation par Thibaud Desbief

 

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30 septembre 2007

REMOND Alain, Les romans n'intéressent pas les voleurs

Un rewriter de best-sellers indigents et son ami d'enfance, journaliste, se lancent sur la piste de l'auteur phare de toute leur vie, Santenac. Avec seulement trois romans publiés il y a trente ans, ce dernier les a accompagnés, soutenus, leur a offert le plus beau des accès à la littérature, celui qui intègre à la vie des morceaux entiers de livres. Disparu depuis des lustres, ils le retrouvent, donc, "plus ou moins", mais il n'est pas celui qu'ils espéraient. En plus Jean-Paul déconne, tss, ces journalistes, alors ils se fâchent, et soudain coup de tonnerre....
Bon il y a plein de rebondissements, qui font partie intégrante du bonheur de cette lecture, n'en disons donc pas trop.

C'est un roman qui avance à cent à l'heure, empli de dialogues, très vif et remuant. Excellentissime passage où Jérôme nous parle de Bannister, notamment l'intrigue des Galopades aux Galapagos, fou-rire assuré, "et voilà le travail".

Beaux moments d'émotion également avec la lettre qu'il adresse à Santenac, et l'épilogue de ce roman qui dit juste exactement le contraire. Mais le paradoxe est insoluble, il se vit dans sa chair, c'est tout.

C'est aussi un roman qui parle de la lecture, de cliques de lecteurs, de l'édition, des libraires, des best-sellers, d'auteurs et de la difficulté d'écrire, et qui en parle bien. Si en plus, on ne sait jamais, vous êtes de l'Aveyron, achetez-le de suite, vous allez l'adorer.

(ouvrage publié sous la direction de Hervé Hamon, dont je recommande toujours l'excellent et drôlatique "Paquebot")
Ed. Stock, 08.2007, 16 €

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MEYER Stéphenie, Fascination

Une toute jeune fille de seize ans déboule un jour chez son père, dans un petit village sombre et pluvieux des USA, pour laisser sa mère refaire sa vie au soleil. Très vite, elle tombe sous le charme inquiétant et pénétrant d'Edward. Il est si beau qu'il est impossible qu'il soit humain. Alors, quoi ?...
Vampire !
Et je ne révèle rien en disant ça, d'ailleurs l'histoire en elle-même est niaise au possible, archi vue et revue, combinant à la fois toutes les maladresses des pires romans à l'eau de rose et les poncifs du genre (Fantastique, je veux dire). Et pourtant, on se plonge dans ces cinq cent vingt-quatre pages avec frissons et délices. Oui, on se prend au jeu, on ressent les petits gargouillements sensuels aux bons moments, on appréhende l'avenir et on sourit aux énormes côtés patauds de l'héroïne.
Mademoiselle Meyer est bien douée, sa plume nous mène par le bout du nez, avec elle c'est facile, et même très agréable, de tomber les défenses et de s'installer pour une chouette ballade en adolescence...
Ce roman est le premier de la série "Twilight", qui comportera cinq tomes.
Le second "Tentation" est sorti en Novembre 2006.


Ed. Hachette Jeunesse, 2005, 18 €
Trad. Luc Rigoureau

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27 septembre 2007

PETERSEN Pia, Passer le pont

Kara se fait virer, alors qu’elle est en vacances. C’est déjà très déstabilisant, mais quand elle apprend qu’il s’agit en fait d’une coalition de l’ensemble de ses collègues contre elle, ça la chamboule tout à fait. Elle n’aimait pas ce boulot, soit, mais de là à faire l’unanimité contre elle… Alors, et c’est là peut-être le verbe qui la caractérise le mieux, elle atermoie ; elle ne fait rien, elle sort, elle marche, elle ne réfléchit même pas vraiment à ce qu’elle va faire de sa vie, elle tente de digérer. Du coup, forcément, elle se sent vide. Creuse. Une cible idéale pour les tordus qui trainent. Entre ainsi en scène Nathan. De lui, au fur et à mesure, on apprendra qu’il est (ou était) psychiatre, prof, cinéaste, petit chef sans ambition et parano. Un gourou, une secte ? Kara ne sait pas, même dans le futur qui apparait parfois entre deux petites étoiles signalant un paragraphe différent, elle n’a pas trié les choses. Un homme avec un ascendant certain et avéré sur une bande de fidèles, qui tente de mettre en place une autre façon de vivre, un autre modèle de société. Kara va essayer, elle aussi, de remplir son vide…

C’est un roman très intéressant. Aucune leçon ne nous est donnée, aucun cours magistral, aucune démonstration. On est ici dans la tête de Kara, et c’est confus, parfois niais, souvent irritant, mais ça semble toujours parfaitement honnête. Certains aspects du conditionnement (ou déconditionnement) restent dans l’ombre, ça reste une interprétation parmi d’autres, celle de quelqu’un qui n’est jamais entré complètement dans le truc, qui gardait toujours une part de lucidité, même mal placée, ou franchement égarée dans un mode de pensée erroné.
Je ne pourrais pas dire au juste quel est le sujet de fond, l’embrigadement sectaire, la misère morale, la déchéance, ou peut-être simplement la perversité d’un seul, son ivresse de pouvoir, face à la faiblesse d’une multitude de paumés ?
Ca a un côté fascinant, on veut qu'elle réagisse, on est un peu voyeurs et juges bien calés dans nos canapés, ça ressemble presque à une litanie qui nous endormirait en même temps, et on lit jusqu'au dernier mot, dans une sorte d'urgence. Mais ça ne vient pas nous cueillir, nous baffer ou nous remuer, non.


Ed. Actes Sud, Coll. Un endroit où aller, 08.2007 21,80 €

Posté par cune à 15:51 - Rentrée Littéraire 2007 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 septembre 2007

DURU Magali, Les beaux dimanches

Magali Duru, c’est, pour moi, d’abord une courtoisie sans faille. Un sourire éclatant, entre-aperçu sur une photo chez  MotCompteDouble, des messages sur quelques blogs, toujours encourageants, aimables, et constructifs.
C’est aussi, remerciée en fin d’ouvrage, la première lectrice au « délicieux manque d’objectivité » de Françoise Guérin.
Bref, il ne m’en fallait pas plus pour m’en concocter une image de « gentille », du genre gaie et primesautière, positive jusqu’au bout des ongles.

Quelle ne fut donc pas ma surprise en lisant son recueil de nouvelles ! C’est que la dame n’a rien à envier à « Insecte » de Claire Castillon, par exemple.
Elle s’y entend pour désarçonner son lecteur, pour l’emmener sur le terrain qu’elle a choisi sans aucunement le prévenir.

Un peu comme avec la charmante tantine de « La guirlande de Julie », pour illustrer mon propos (1er prix de deux concours de nouvelles, en 2005) : On rencontre Dutilleul alors qu’il est fou de joie et d’impatience de recevoir – enfin – sa première visite depuis le temps interminable qu’il est en prison. Dans l’attente de son procès pour homicide volontaire, et après une longue période d’abrutissement aux médicaments (schizophrénie), il reçoit sa première bouffée d’air pur en une carte de sa tante Julie, « dix lignes compatissantes sur une carte postale où un jardin anglais débordait d’alchémilles soufre et d’iris jaunes ». Véritable madeleine de Proust, cette évocation le replonge aux abords de la découverte de son homosexualité, et s’en suit un an de correspondance odorante et poétique, un an d’attentions exquises qui vont déboucher sur une visite, demain, la tante Julie sera là en personne. Oui, Julie vient. Avec un amène petit présent caché, qui remplira son neveu de joie. Sur le moment, tout au moins, car…
Ah ah, sacrée tantine.

Chacune des onze nouvelles réunies dans ce recueil est étonnante, chacune a son univers, on penche plutôt vers le noir, toujours, mais aucune ne ressemble à une autre. C’est carrément un piège à lecteur, qui ne peut décemment pas trouver de bon moment pour s’arrêter.

Je suis fort contrite de ne trouver  « Les beaux dimanches » référencé sur aucun site marchand de la toile, je me serais fait un plaisir d’aller en parler partout. Et ce d'autant plus, que je trouve très louable l'objectif des Editions Quadrature : se dédier complètement à la nouvelle de langue française au rythme de trois recueils par an.
A la place, j’en parle ici, en vous renvoyant, si vous souhaitez vous le procurer en ligne (sinon votre libraire peut tout à fait le commander chez l’éditeur) directement au mail de l'éditeur (pas de frais de port !) : quadraturelib@hotmail.com

Ed. Quadrature, 09.2007, 16 €

Posté par cune à 16:20 - Genre : Nouvelles - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 septembre 2007

Ce n'est pas que je ne lise pas...

.... C'est juste que je n'ai aucune inspiration pour en parler !

Mais si, par exemple, vous n'avez pas encore lu "La belle vie" de Jay McInerney, vous pouvez y aller en confiance : c'est un sacré bon roman.

Posté par cune à 19:26 - Je dis que... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2007

Pépites en direct live 1/Où va la littérature ?

"Plutôt que de me demander à quoi sert la littérature, il eût été plus simple de me demander où elle va, me disais-je, de manière à pouvoir répondre : où elle veut !"

J'adore cet homme  !

Posté par cune à 07:40 - Pioches ailleurs - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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